Situées pour la plupart en moyenne montagne, dans les zones de sources des cours d’eau au niveau des têtes de bassins, les tourbières sont des zones humides remarquables à plus d’un titre. La plupart sont apparues à la fin des dernières glaciations et sont issues de la lente accumulation de matières organiques qui a conduit à la formation de tourbes dans des conditions de froid, d’humidité et souvent d’acidité. Ces milieux abritent des espèces animales et végétales rares et menacées. Certaines ont développé des adaptations toutes particulières telles les Droséra, petites plantes devenues carnivores pour pallier la pauvreté du milieu en éléments minéraux. Les tourbières sont également de véritables éponges, capables d’accumuler, de filtrer, puis de restituer dans les cours d’eau une eau de qualité, garantissant ainsi la préservation de la ressource en eau. Drainées, asséchées, remblayées, boisées ou cultivées, la moitié des tourbières ont disparu en France au cours des 50 dernières années. De nombreuses initiatives sont aujourd’hui conduites pour préserver la très grande valeur écologique, fonctionnelle, paysagère, archéologique et scientifique de ces milieux.
Stade « intermédiaire » entre les prairies et la forêt, les landes se caractérisent par une végétation basse, composée de végétaux ressemblant à des arbustes comme les bruyères, la callune, les myrtilles ou les genêts. Elles sont généralement caractéristiques des zones de montagne, sur des sols pauvres et acides. La plupart des landes résulte de défrichements de la forêt conduits il y a plusieurs siècles pour la création de zones de pâturage. Les landes forment des paysages typiques de certains secteurs du bassin versant comme le plateau de Millevaches dans le Limousin par exemple. Certains oiseaux les utilisent comme terrain de chasse comme le busard cendré ou la pie grièche grise. Des papillons particulièrement rares comme l’Azuré des mouillères sont inféodés à certaines landes humides. Ces milieux sont aujourd’hui très menacés par l’abandon de l’agriculture et le développement des plantations de résineux, le drainage ou la colonisation spontanée par les forêts. Des actions de gestion en lien avec les agriculteurs sont engagées pour la préservation des dernières landes.
Les petits ruisseaux forment un important « chevelu », à la base de différents cours d’eau du bassin versant de la Loire. Ils présentent des caractéristiques écologiques spécifiques qui les font se distinguer des rivières plus en aval, nées de leurs confluences. L’intérêt biologique de chacun de ces petits ruisseaux est très lié à la qualité de ces eaux (absence de pollution), la nature géologique du sol (calcaire, granitique, argileux...) et à la forme du cours (méandres, pente...). Au plan biologique, ils abritent des espèces souvent liées aux eaux courantes et bien oxygénées : c’est le cas de la truite, mais aussi de certaines libellules. En montagne, ces ruisseaux abritent parfois le cincle plongeur, oiseau qui se nourrit de larves d’insectes pêchées sous l’eau, et des écrevisses dont la rare écrevisse à pattes blanches. Beaucoup de ces petits ruisseaux ont été dégradés par des travaux de recalibrage (creusement du lit), par la pollution de leurs eaux liées aux activités agricoles ou à la pollution domestique.
Lors de sa traversée de secteur de roches dures, le plus souvent dans sa partie amont, la rivière va creuser son lit et donner naissance à des gorges plus ou moins encaissées. Celles-ci présentent un intérêt paysager souvent très important, avec des points de vues spectaculaires sur la rivière coulant en contrebas. Au plan biologique, il s’agit également de secteurs très intéressants abritant de nombreuses espèces. Plusieurs milieux naturels sont présents dans les secteurs de gorges : affleurements rocheux, zones de pelouses et de landes, forêts de pentes... Ils présentent des intérêts divers. Sur les affleurements rocheux au sol quasi inexistant se développent mousses, lichens et plantes adaptées comme les sédums. Les forêts sont le plus souvent très difficiles d’accès compte tenu de la pente. De ce fait, elles n’ont été que très peu exploitées par l’homme et présentent alors un caractère naturel exceptionnel, avec la présence de vieux arbres et de quantités importantes de bois morts, indispensables à la vie de nombreux insectes spécialisés comme les longicornes.
Lors de ses crues, la rivière vient creuser les berges pour dissiper son énergie et elle se recharge en matériaux. A cette occasion se forment des falaises d’érosion, dont la hauteur est très variable, dépendant notamment de celle de la berge mais aussi de sa nature géologique. Sur le bassin de la Loire, les falaises d’érosion les plus hautes peuvent atteindre plus de 10 mètres et offrent alors des paysages spectaculaires. Au-delà de cet intérêt paysager, les falaises d’érosion constituent des milieux indispensables à la reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux. C’est le cas des hirondelles de rivages, des guêpiers d’Europe ou du Martin pêcheur. Ces trois espèces nichent dans des terriers creusés au flanc de la falaise ou de la berge. Quasiment inaccessibles car en hauteur et situés au dessus de l’eau, les nids sont ainsi à l’abri des prédateurs. Si le martin pêcheur niche en couple isolé, les hirondelles et les guêpiers se regroupent en colonies pouvant rassembler plusieurs dizaines de couples.
Tantôt simples rideaux d’arbres sur les berges, tantôt véritables forêts occupant de vastes surfaces dans la plaine alluviale, les boisements du bord des cours d’eau ont en commun le lien très étroit qui les unit à la rivière. Elle les inonde en période de crue, apportant l’énergie capable de rajeunir les milieux mais également les limons et autres éléments fertiles nécessaires à la croissance des arbres. Ceux-ci puisent dans la nappe alluviale l’eau dont ils ont besoin pour se développer. Les forêts alluviales sont des milieux originaux, des petites jungles en miniature, composées de différentes strates imbriquées, de nombreuses lianes, d’un nombre important d’arbres et d’arbustes. Elles abritent de nombreuses espèces animales et jouent un rôle important pour la ressource en eau en filtrant l’eau des crues et en la débarrassant de ses substances polluantes. Les aménagements, la pollution des eaux, les modes de gestion sylvicoles inadaptés ont entraîné la destruction ou la dégradation de surfaces importantes de forêts. L’enfoncement de la nappe alluviale suite à l’incision du lit a également un impact important sur ces milieux : les arbres les plus typiques ont des difficultés à puiser l’eau dont ils ont besoin et petit à petit sont remplacés par d’autres essences plus banales.
Sous l’effet de la dynamique fluviale, les cours d’eau évoluent sans cesse : le lit des rivières change au gré des crues, les chenaux se déplacent, les îlots se forment, disparaissent puis réapparaissent... Les anciens chenaux jadis occupés par la rivière mais désormais abandonnés, forment des bras morts et constituent, avec certains marais en bordure des rivières, ce que l’on appelle des annexes hydrauliques. Ces milieux constituent des zones humides de très grande qualité, des zones d’eau calme à l’abri du courant où s’établissent des communautés végétales typiques (rideaux de saules et d’aulnes, roseaux, iris...) qui accueillent de nombreuses espèces d’insectes, d’oiseaux, de poissons et d’amphibiens. Ces milieux jouent notamment un rôle important comme zone de reproduction (frayère) pour certaines espèces de poissons, tel le Brochet. L’enfoncement du lit a entraîné la déconnexion de nombreux bras morts qui se trouvent aujourd’hui « perchés » par rapport au lit de la rivière. Les milieux ne sont plus inondés, les poissons ne peuvent plus se rendre sur leurs frayères, la végétation colonise les bras morts, les milieux se ferment et se banalisent
Contrairement aux prairies alluviales, humides uniquement en hiver, et les tourbières, dont le sol est très pauvre en éléments nutritifs, le marais est une zone dont les sols demeurent longtemps gorgés d’eau, mais suffisamment riches pour permettre une décomposition de la matière organique. De fait, les marais constituent les écosystèmes naturels parmi les plus productifs. Les zones marécageuses ont mauvaise réputation : insalubrité, faibles possibilités d’exploitation, ... Les drainages et leur mise en culture leur ont souvent été fatals et nombre de marais ont aujourd’hui disparu. Pourtant, ces milieux sont souvent diversifiés et nombre d’habitats et d’espèces qui les constituent sont aujourd’hui reconnus comme menacés à l’échelle européenne. Des moyens de gestion respectueux doivent être développés, ainsi qu’une nouvelle approche de ces milieux, pour que les hommes apprennent à redécouvrir ces zones, finalement pas si insalubres...
Pleine d’énergie la rivière érode ses berges, prélève des alluvions et les dépose sous forme de bancs de sable, d’îlots ou de grèves. Ces derniers sont éphémères, régulièrement décapés et déplacés par les crues qui empêchent leur colonisation par les arbres. L’absence de végétation dense leur donne un caractère très original et plusieurs espèces d’oiseaux comme le Petit Gravelot ou les sternes utilisent les îlots et les grèves pour nicher. Quelques plantes vivent également uniquement sur ces milieux. Cependant, les prélèvements massifs de sable et de gravier et certains aménagements, comme les barrages qui bloquent les alluvions, ont perturbé le fonctionnement naturel des cours d’eau. Pour compenser le manque d’alluvions, la rivière tend à creuser son lit et à s’enfoncer. Certains îlots et grèves ne sont ainsi plus érodés par les crues et la végétation s’y installe. Pour aider la rivière à retrouver son équilibre, il faut lui conserver des espaces de liberté où elle va pouvoir éroder les berges.
Transportés tout au long de milliers d’années, sable et graviers se sont déposés dans les plaines alluviales. Ils forment aujourd’hui des gisements parfois importants exploités de longue date pour les travaux (bâtiments, routes...). L’exploitation qui se fait sous la forme de carrières situées à distance du cours d’eau conduit donc à une transformation complète des paysages et des milieux naturels. Les plans d’eau en résultant peuvent connaître des destinées très variables : zones de pêche ou de loisirs, comblement ou abandon. Plusieurs expériences de renaturation d’anciennes carrières ont été conduites en lien avec les exploitants. Elles permettent d’accélérer les processus de retour à des zones d’intérêt écologique, et de favoriser certaines espèces rares. Les berges des exploitations peuvent accueillir des espèces d’oiseaux fréquentant les falaises d’érosion comme les hirondelles de rivage ou les guêpiers d’Europe. Les plans d’eau accueillent canards, hérons et libellules.
Etablies sur des sols filtrants créant des conditions de relative sécheresse, les pelouses se distinguent des prairies par leur physionomie : la végétation y est généralement plus basse et plus ouverte, et constituée de nombreuses espèces annuelles aux floraisons printanières assez discrètes. Les insectes y sont légion, en particulier criquets, sauterelles et papillons. Certaines de ces pelouses, situées à proximité du cours d’eau, sont fréquemment submergées par les crues qui rajeunissent et entretiennent le milieu. D’autres ont besoin de l’intervention des herbivores sauvages, en particulier des lapins qui peuvent jouer un rôle important, ou domestiques (moutons notamment) pour conserver leur caractère ouvert. En l’absence de ces interventions, nombre de pelouses se ferment progressivement, évoluant vers des prairies sèches ou colonisées par des arbustes préfigurant alors leur lente évolution vers des milieux boisés. Le maintien de ces pelouses dont certaines ont un intérêt européen est une priorité qui passe par la préservation de la dynamique fluviale et le maintien, voir le retour, des pratiques pastorales évitant leur fermeture.
Souvent situées en fond de vallée, les prairies entretenues par pâturage (entretien par des animaux en pacage) constituent un milieu fragile, dépendant du maintien de l’élevage extensif. La végétation des prairies pâturées est bloquée à un stade herbacé du fait de l’apport des animaux en matière végétale. Sans pâturage, elles évoluent vers des formations tout aussi naturelles mais différentes selon les contraintes : roselière dans les zones les plus humides, recolonisation forestière ailleurs. Or il est nécessaire de maintenir ces milieux dits « ouverts » car seules les prairies naturelles, sans pression intensive du pâturage, permettent à la flore et la faune caractèristique qui les composent de pleinement s’exprimer. Aujourd’hui, ces prairies sont menacées par l’abandon des pratiques agricoles extensives. La reconversion en cultures productives (maïs, plantation de peupliers) ou la déprise qui conduit inévitablement vers le développement de friches en sont les principaux exemples.
Il s’agit essentiellement de prairies inondables, situées dans la plaine alluviale. Fertilisées par les limons apportés par les crues hivernales, ces prairies étaient autrefois très prisées par les agriculteurs, qui trouvaient dans ces zones le principal moyen d’alimentation du bétail pendant la période hivernale. Les prairies les plus productives permettaient de produire du foin, tandis que celles se développant sur des sols pauvres étaient exploitées pour la litière. Créées puis entretenues pendant des siècles par les paysans, les prairies de fauche Sont aujourd’hui très fortement menacées par le développement des cultures intensives dont le maïs ou les plantations de peupliers. Ces cultures nécessitent engrais et produits de traitement, source de pollution des eaux. Pourtant les prairies de fauche constituent un milieu exceptionnel, qui héberge une faune et une flore exceptionnelle tout au long de l’année comme le Râle des Genêts ou encore le Courlis cendré. Il est donc particulièrement important de travailler avec le monde agricole et de proposer des solutions durables pour garantir l’entretien de ces zones fragiles.
Lieu de rencontre entre le fleuve (zone fluviale à eau douce) et l'océan (zone maritime à eau salée), l'estuaire constitue un écotone mouvant. Les eaux y vont et viennent selon la marée, apportant aux rives sel, sable et vase. De ce renouvellement permanent des conditions physiques résulte une mosaïque d'habitats aquatiques, humides et terrestres et une extraordinaire biodiversité. Long d'environ 90 Km, l'estuaire dynamique de la Loire s'étend d'Ancenis à Saint-Nazaire. A l'aval de Nantes, de nombreuses îles parsemaient autrefois l'estuaire. Aujourd'hui, elles se comptent sur les doigts de la main. L'estuaire de la Loire a en effet connu aux XIXe et XXe siècles des modifications de géométrie pour fixer un chenal de navigation et qui ont provoqué, le comblement des bras de Loire et entre autres conséquences sur le milieu naturel, une remontée importante de l'onde de la marée et de la salinité vers l'amont et une augmentation de l'envasement. L'estuaire est le siège d'une zone de turbidité maximale constituée de sédiments en suspension et de matière organique qui s'accumulent et forment une vaste masse vaseuse appelée « bouchon vaseux » et qui se déplace d'amont en aval et inversement, selon la marée et le débit du fleuve. L‘augmentation du volume et de l'étendue de cette masse turbide est préjudiciable aux milieux, espèces et usages : dépôts de vases sur les prairies, crises d'anoxie en période de migration d'espèces amphihalines... . Mais l'estuaire est surtout caractérisé par sa plaine alluviale qui constitue une vaste zone humide de plus de 15 000 hectares et dont la diversité d'habitats en fait un lieu privilégié de conservation pour l'avifaune, avec 75 espèces de la directive Oiseaux et pour la faune en général (Loutre, Pique-prune, Triton crêté, etc.). Sur les 4700 espèces végétales du territoire national, près de 700 se trouvent dans l'estuaire de la Loire parmi lesquelles 14 espèces bénéficient d'une protection du fait de leur rareté (Angélique des estuaires, Gratiole officinale, Fritillaire pintade, ...). La présence d'eaux saumâtres et d'embruns en fait aussi un lieu de choix pour des espèces halophiles comme le Jonc de Gérard ou le Trèfle de Michéli. Pour en savoir plus sur l'estuaire de la Loire : le Groupement d'Intérêt Public Loire Estuaire
Espèces représentées dans ce milieu :
Dispositif mis en oeuvre dans le cadre de la plate-forme "Recherche, données, information"